L’AIPP (atteinte à l’intégrité physique et psychique) et le DFP (déficit fonctionnel permanent) désignent la même réalité indemnitaire : la perte définitive de capacités physiques, sensorielles, cognitives ou psychiques après consolidation. Un syndrome déficitaire — séquelle neurologique, cognitive ou sensorielle durable — se traduit par un taux exprimé en pourcentage, fixé par le médecin expert au regard d’un barème indicatif. Ce taux conditionne directement le montant indemnisé au titre de ce poste de préjudice de la nomenclature Dintilhac. Il peut, et doit parfois, être contesté lorsqu’il paraît sous-évalué.

Sommaire

  • AIPP, DFP : de quoi parle-t-on exactement
  • Le syndrome déficitaire, une atteinte qui complique l’évaluation
  • Comment le médecin expert détermine le taux
  • Le barème indicatif : un outil, pas une règle absolue
  • La valeur du point DFP : comment le calcul est fait
  • Ce que révèlent les décisions de justice sur l’indemnisation du DFP
  • Contester un taux d’AIPP ou de DFP jugé insuffisant
  • Notre position
  • Questions fréquentes
  • AIPP, DFP : de quoi parle-t-on exactement

    AIPP et DFP renvoient au même poste de préjudice, sous deux appellations différentes selon le référentiel utilisé. L’AIPP est l’expression employée par les médecins experts, issue du barème du concours médical (barème Mornet notamment, pour les accidents de la circulation, ou barème fonction publique selon les cas). Le DFP est le terme juridique consacré par la nomenclature Dintilhac, référentiel utilisé par les juridictions et les compagnies d’assurance pour indemniser les préjudices corporels.

    Le DFP répare, selon la nomenclature Dintilhac, « les atteintes aux fonctions physiologiques, la douleur permanente qu’elle ressent, la perte de qualité de vie et les troubles définitifs qu’elle subit après consolidation ». C’est un poste de préjudice patrimonial et extrapatrimonial mixte, distinct du déficit fonctionnel temporaire (qui couvre la période avant consolidation) et distinct des préjudices professionnels ou d’agrément qui font l’objet de postes séparés.

    Dans les dossiers que nous traitons, la confusion la plus fréquente entre AIPP et DFP porte sur le moment où ils s’appliquent : l’AIPP est le taux médical constaté à la consolidation, le DFP est l’indemnisation juridique qui en découle. Le pourcentage est identique, seule la lecture change.

    Le syndrome déficitaire, une atteinte qui complique l’évaluation

    Un syndrome déficitaire regroupe des atteintes durables des fonctions cérébrales, cognitives, sensorielles ou motrices : troubles de la mémoire, de l’attention, du langage, de l’équilibre, de la coordination, parfois associés à des troubles du comportement ou de l’humeur. Ces séquelles sont fréquentes après un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral post-traumatique, ou une atteinte médullaire.

    L’évaluation d’un syndrome déficitaire pose une difficulté propre : contrairement à une fracture consolidée ou à une amputation, les séquelles cognitives et comportementales ne sont pas toujours visibles à l’examen clinique. Elles nécessitent souvent des bilans neuropsychologiques complémentaires, une évaluation par un médecin expert formé aux atteintes cérébrales, voire une expertise pluridisciplinaire associant neurologue et neuropsychologue.

    Nous constatons, dans les dossiers de ce type que nous suivons, que le taux de DFP proposé en première expertise sous-estime régulièrement l’ampleur réelle du syndrome déficitaire, notamment lorsque l’entourage n’a pas été entendu ou que le bilan neuropsychologique a été réalisé trop précocement par rapport à la consolidation réelle.

    Comment le médecin expert détermine le taux

    Le médecin expert évalue le taux d’AIPP/DFP lors de l’examen de consolidation, c’est-à-dire lorsque l’état de la victime est jugé stabilisé et ne plus évoluer significativement, même après un traitement adapté. L’expertise médicale se déroule généralement de manière contradictoire : la victime peut se faire assister d’un médecin-conseil de recours, distinct du médecin désigné par l’assureur ou la juridiction.

    Le médecin expert prend en compte :

  • la nature et la gravité de l’atteinte anatomique ou fonctionnelle ;
  • l’âge de la victime à la consolidation ;
  • le retentissement sur les gestes de la vie quotidienne ;
  • l’existence d’un état antérieur, qui peut minorer le taux imputable à l’accident ou au fait dommageable ;
  • pour un syndrome déficitaire, les résultats des bilans neuropsychologiques et l’avis, le cas échéant, d’un sapiteur spécialisé.
  • Le point de départ de toute contestation utile est la lecture attentive du rapport d’expertise médicale : le taux retenu doit être motivé, pas seulement chiffré.

    Le barème indicatif : un outil, pas une règle absolue

    Le taux de DFP est fixé par référence à un barème indicatif, le plus utilisé étant le barème dit Mornet ou le barème du concours médical selon les contentieux. Ce barème donne, pour chaque type d’atteinte, une fourchette de taux : par exemple une fourchette pour une perte partielle de la mobilité d’une articulation, une autre pour une perte auditive unilatérale, une autre encore pour des séquelles cognitives post-traumatiques.

    Ce barème reste indicatif, et non impératif : le médecin expert peut s’en écarter, à la hausse comme à la baisse, à condition de motiver son choix. C’est précisément sur ce point que se jouent de nombreuses contestations, en particulier pour les syndromes déficitaires où les fourchettes du barème sont larges et où le contexte individuel (âge, activité antérieure, retentissement social) pèse fortement dans l’appréciation.

    La valeur du point DFP : comment le calcul est fait

    Une fois le taux d’AIPP/DFP fixé par l’expertise médicale, l’indemnisation résulte d’un calcul simple en apparence : taux × valeur du point. La valeur du point n’est cependant pas fixe : elle varie selon l’âge de la victime à la consolidation (plus la victime est jeune, plus la valeur du point est élevée, car le préjudice s’étend sur une durée de vie plus longue), selon le taux lui-même (les taux élevés sont souvent valorisés à un point plus élevé que les taux faibles), et selon la juridiction ou l’assureur qui applique ses propres référentiels internes.

    Il n’existe pas de valeur de point unique et officielle en France : chaque cour d’appel publie ses propres référentiels indicatifs, et les compagnies d’assurance disposent de leurs propres grilles internes, généralement moins favorables. C’est pourquoi deux victimes présentant le même taux de DFP peuvent obtenir des indemnisations différentes selon la juridiction saisie, l’âge, et la négociation menée avec l’assureur.

    Exemple de calcul :Aucune valeur du point n’est fixée par un texte, et le calcul lui-même est trompeur : diviser une médiane par son taux suppose une progression linéaire que les décisions démentent. Le repère utile est le montant réellement alloué pour un taux donné, soit 4 740 euros à 2 %, 7 900 euros à 5 %, 15 600 euros à 10 %, 25 950 euros à 15 % et 36 000 euros à 20 % (Themia, jurimétrie du dommage corporel, 13 993 décisions chiffrées, relevé du 8 septembre 2026). À taux égal, le montant décroît avec l’âge : à 10 % de déficit fonctionnel permanent, la médiane passe de 24 750 euros avant vingt ans à 12 000 euros de soixante à soixante-dix-neuf ans. Ce calcul reste un exemple : la valeur du point réellement appliquée dépend du référentiel utilisé et doit être vérifiée dossier par dossier.

    Ce que révèlent les décisions de justice sur l’indemnisation du DFP

    Les données de jurimétrie permettent de objectiver les montants réellement alloués par les juridictions, taux par taux. Selon les données Themia (jurimétrie dommage corporel, 16 073 décisions publiques, relevé du 12 août 2026), les montants médians alloués au titre du DFP se répartissent ainsi :

    | Taux DFP | Médiane | P25 – P75 | Décisions |

    |—|—|—|—|

    | 2 % | 3 540 € | 2 800 € – 3 920 € | 918 |

    | 3 % | 4 740 € | 4 200 € – 5 400 € | 755 |

    | 5 % | 7 900 € | 6 050 € – 8 850 € | 725 |

    | 7 % | 12 600 € | 9 940 € – 14 245 € | 265 |

    | 10 % | 15 600 € | 13 000 € – 20 000 € | 589 |

    | 15 % | 25 950 € | 20 914 € – 32 650 € | 403 |

    | 20 % | 37 800 € | 30 000 € – 49 225 € | 310 |

    | 30 % | 55 000 € | 43 650 € – 80 550 € | 184 |

    Ces montants décrivent des pratiques juridictionnelles observées ; ils n’ont aucune valeur normative et ne préjugent d’aucun dossier individuel. On observe néanmoins une progression qui n’est pas strictement linéaire : le passage de 5 % à 7 % s’accompagne d’une hausse médiane proportionnellement plus marquée que celui de 15 % à 20 %, ce qui illustre l’importance de discuter le taux retenu dès l’expertise, plutôt que de considérer le calcul final comme automatique.

    Donnée propre aux atteintes cérébrales : dans les décisions où une atteinte cérébrale est retenue (1 653 décisions), le DFP global de la victime — et non la seule part imputable à l’atteinte cérébrale — se répartit avec un P25 à 11 %, une médiane à 25 % et un P75 à 60 %. Cette dispersion très large confirme que les syndromes déficitaires post-traumatiques couvrent des réalités cliniques hétérogènes, du trouble cognitif léger à la dépendance lourde, et que le taux ne peut pas être anticipé sans expertise individualisée.

    Contester un taux d’AIPP ou de DFP jugé insuffisant

    Le taux fixé en expertise n’est pas définitif tant que la victime n’a pas accepté l’offre d’indemnisation qui en découle. Plusieurs voies de recours existent :

  • La contre-expertise : demander une nouvelle expertise, amiable ou judiciaire, en s’appuyant sur l’avis motivé d’un médecin-conseil de la victime qui conteste le taux retenu.
  • La discussion contradictoire lors de l’expertise elle-même : c’est le moment le plus efficace pour faire valoir les éléments médicaux insuffisamment pris en compte (bilans neuropsychologiques, témoignages de l’entourage sur le retentissement quotidien).
  • Le recours judiciaire : lorsque l’assureur maintient une offre fondée sur un taux contesté, la victime peut saisir le tribunal judiciaire pour faire trancher le litige, sur le fondement de l’article L. 211-9 du code des assurances pour les accidents de la circulation, ou sur le fondement de la responsabilité civile de droit commun dans les autres cas.
  • Un point de vigilance : le délai de prescription. L’action en indemnisation d’un dommage corporel se prescrit en principe dans les délais de l’article 2226 du code civil, soit dix ans à compter de la consolidation du dommage. Ce délai laisse en théorie du temps, mais une offre acceptée trop rapidement, avant que le taux réel ne soit stabilisé et correctement documenté, verrouille l’indemnisation pour l’avenir. Nous recommandons systématiquement, avant toute acceptation, de lire notre article sur accepter une offre d’indemnisation : ce que les victimes doivent savoir.

    Selon le contexte de l’accident, d’autres textes peuvent s’appliquer : l’article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute) pour un accident de droit commun, l’article L. 1142-1 du Code de la santé publique (responsabilité pour faute et infections nosocomiales) en cas d’accident médical, ou l’article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale (faute inexcusable de l’employeur) en cas d’accident du travail imputable à une faute inexcusable. En cas d’accident médical grave sans faute identifiable, la victime peut également se tourner vers l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM).

    Camille\*, 39 ans, résidant à Salon-de-Provence. Victime d’un traumatisme crânien lors d’un accident de la circulation, elle avait accepté une première expertise fixant son DFP à 8 %, sur la base d’un bilan neuropsychologique réalisé six mois après l’accident, alors que ses troubles de concentration et de fatigue persistaient et s’aggravaient dans son activité professionnelle. Une contre-expertise, sollicitée avec l’assistance d’un médecin-conseil, a permis de documenter plus finement le retentissement cognitif réel et d’obtenir la révision du taux retenu avant toute acceptation d’offre.

    Notre position

    Sur la question de savoir si le barème indicatif doit être suivi strictement en présence d’un syndrome déficitaire, notre cabinet considère que non, et le fondement de cette position est juridique autant que médical : la nomenclature Dintilhac impose une réparation intégrale du préjudice, poste par poste, individualisée selon la situation concrète de la victime. Un barème indicatif ne peut, par construction, saisir la diversité clinique des atteintes cognitives et comportementales, qui varient considérablement d’une victime à l’autre pour un même diagnostic initial. Nous estimons donc que toute évaluation de DFP consécutive à un syndrome déficitaire doit s’appuyer sur un bilan neuropsychologique suffisamment tardif par rapport au fait dommageable, et sur l’audition de l’entourage, faute de quoi le taux retenu risque structurellement d’être inférieur à la réalité du préjudice subi.

    Questions fréquentes

    Est-ce que le taux d’AIPP et de DFP sont la même chose ?

    Oui, il s’agit du même pourcentage : l’AIPP est l’appellation médicale utilisée par l’expert, le DFP est l’appellation juridique du même poste de préjudice dans la nomenclature Dintilhac, utilisée par les juridictions et les assureurs pour le calcul de l’indemnisation.

    Comment le médecin expert détermine-t-il le taux de DFP ?

    Le médecin expert s’appuie sur un examen clinique contradictoire réalisé à la consolidation, sur le barème indicatif d’invalidité applicable, et, pour un syndrome déficitaire, sur des bilans complémentaires (neuropsychologiques notamment) permettant d’objectiver le retentissement cognitif ou comportemental.

    Peut-on contester le taux de DFP retenu par l’expert ?

    Oui. La contestation peut intervenir dès l’expertise, par la présentation d’observations médicales contradictoires, ou après le dépôt du rapport, par une demande de contre-expertise amiable ou judiciaire, voire par un recours devant le tribunal judiciaire si l’assureur maintient une offre fondée sur un taux jugé insuffisant.

    Comment est calculée l’indemnisation à partir du taux de DFP ?

    L’indemnisation résulte du taux de DFP multiplié par une valeur de point, elle-même variable selon l’âge de la victime, le taux retenu et le référentiel indicatif appliqué par la juridiction ou l’assureur concerné. Il n’existe pas de valeur de point unique en France.

    Existe-t-il une aide gratuite pour se faire assister dans un dossier de DFP ?

    Une consultation gratuite peut être obtenue auprès des permanences du barreau, des maisons de justice et du droit ou des points-justice. Selon les ressources de la victime, l’aide juridictionnelle peut être sollicitée auprès du bureau d’aide juridictionnelle. Une protection juridique souscrite via un contrat d’assurance ou une carte bancaire peut également couvrir les frais d’avocat. Au sein de notre cabinet, la première consultation est gratuite et sans engagement.

    Comment se déroule l’expertise médicale pour un syndrome déficitaire ?

    L’expertise se déroule en présence de la victime, qui peut être assistée d’un médecin-conseil de recours, et parfois d’un sapiteur spécialisé (neurologue, neuropsychologue) lorsque l’atteinte cérébrale ou cognitive le justifie. Le rapport doit motiver le taux retenu au regard des éléments cliniques et fonctionnels constatés.

    Quels sont les honoraires d’un avocat pour ce type de dossier ?

    L’honoraire exclusivement lié au résultat est interdit par la loi. Ce qui est licite, c’est l’honoraire de diligences complété, le cas échéant, par un honoraire complémentaire de résultat, fixé par une convention écrite préalable entre l’avocat et son client.

    Pour aller plus loin sur les circonstances de l’accident et leurs conséquences sur le droit à indemnisation, nos articles conducteur fautif : quels droits à indemnisation ? et faute de la victime : quand réduit-elle l’indemnisation ? détaillent ces questions. Les professionnels en mobilité peuvent également consulter notre article sur le cas d’une infirmière libérale victime d’un accident de voiture en tournée (loi Badinter), et toute victime hésitant sur le choix d’un conseil peut lire notre comparatif sur les différences entre un avocat en indemnisation des victimes et un avocat généraliste.

    Notre cabinet, SELARL LEXVOX AVOCATS HUMBERT RAYBAUD & ASSOCIES, dont le siège est à Arles, dispose de bureaux à Aix-en-Provence, Salon-de-Provence, Arles et Marignane, et intervient devant le tribunal judiciaire de Marseille. Me Patrice HUMBERT, avocat spécialiste en droit du dommage corporel et en responsabilité médicale, deux spécialisations reconnues par le Conseil National des Barreaux, traite personnellement les dossiers de victimes d’accidents et de responsabilité médicale. Pour toute question sur l’évaluation d’un taux d’AIPP ou de DFP, vous pouvez nous joindre au 04 90 54 58 10 ou par courriel à contact@avocat-lexvox.com.

    \*Situation composite reconstituée à partir de dossiers du cabinet, prénom modifié et détails changés.