L’expertise amiable est le rendez-vous au cours duquel un expert, le plus souvent mandaté et rémunéré par l’assureur, évalue le préjudice ou les dommages d’une victime ou d’un assuré. Elle se prépare avant le jour du rendez-vous : réunion des documents médicaux et matériels, connaissance de la mission de l’expert, choix ou non d’être assisté. Une victime non préparée accepte souvent, sans le savoir, une évaluation en dessous de son préjudice réel. Notre cabinet, qui traite quotidiennement des dossiers de dommage corporel et de responsabilité médicale, vous explique comment aborder cette étape sans la subir.
Sommaire
Qu’est-ce qu’une expertise amiable et quand l’assureur l’organise-t-il
L’expertise amiable est un examen contradictoire, organisé en dehors de tout tribunal, au cours duquel un expert évalue les dommages ou le préjudice corporel d’une victime. En matière d’assurance automobile, elle est même obligatoire dans certains cas : les articles R.211-43 et R.211-44 du code des assurances imposent à l’assureur qui garantit la responsabilité civile de l’auteur d’un accident de faire examiner la victime par un médecin, dans le cadre de la procédure d’offre d’indemnisation prévue par la loi Badinter. C’est ce que nous détaillons dans notre article sur la procédure amiable d’indemnisation : étapes et erreurs, l’expertise amiable en constituant l’un des maillons.
En matière civile, l’article 1710 du code civil, relatif au louage d’ouvrage, éclaire d’ailleurs le statut de l’expert : il agit dans le cadre d’un mandat, pour le compte de celui qui le missionne — le plus souvent l’assureur. C’est précisément la raison pour laquelle l’expertise amiable, bien qu’elle se dise « contradictoire », n’est jamais neutre par nature : l’expert est rémunéré par une seule partie au litige, l’assureur, même lorsque la victime ou l’assuré est invité à s’exprimer et à produire ses pièces.
L’expertise amiable contradictoire se distingue de l’expertise judiciaire, ordonnée par un juge sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile lorsqu’un motif légitime justifie de conserver ou d’établir une preuve avant tout procès. Elle est plus rapide, moins coûteuse, mais elle repose sur l’équilibre que la victime parvient — ou non — à instaurer face à un expert habitué du dossier de l’assureur.
Convocation, examen, discussion : les étapes du rendez-vous d’expertise
Dans la pratique des dossiers que nous traitons, le déroulement d’une expertise amiable suit un schéma assez constant. L’assureur adresse une convocation, souvent accompagnée d’un rappel de la mission confiée à l’expert. Le rendez-vous se tient au cabinet du médecin-expert, parfois au domicile de la victime lorsque son état ne permet pas de se déplacer.
L’examen commence par un interrogatoire : circonstances de l’accident, antécédents médicaux, plaintes actuelles, retentissement sur la vie quotidienne et professionnelle. Vient ensuite l’examen clinique, qui varie selon la nature des blessures. L’expert consulte les pièces médicales transmises — certificats, comptes rendus opératoires, imageries — puis formule oralement ses premières observations avant de rédiger un pré-rapport ou des conclusions.
C’est à ce stade que se joue une grande partie de l’évaluation : la victime qui ne relance pas certains points, qui n’apporte pas les pièces manquantes ou qui n’ose pas contester une observation orale de l’expert laisse fixer des constatations qui serviront de base au chiffrage ultérieur du préjudice, poste par poste (souffrances endurées, déficit fonctionnel, préjudice esthétique, incidence professionnelle). Une fois la date de consolidation retenue par l’expert, la marge de discussion se réduit fortement.
Les documents et pièces à réunir avant l’examen
La préparation matérielle du dossier conditionne la qualité de l’évaluation. Nous recommandons systématiquement de réunir, avant le rendez-vous :
Ce dernier point est souvent négligé. Dans les dossiers que nous suivons, les victimes qui arrivent avec un récit écrit obtiennent des constatations plus fidèles à leur réalité que celles qui improvisent leurs réponses face à l’expert, dans un contexte souvent impressionnant. Le rapport d’expertise étant la pièce à partir de laquelle l’assureur construira son offre, chaque approximation orale se retrouve ensuite figée dans le document.
Faut-il se faire assister par un avocat ou un médecin-conseil
Rien n’oblige une victime à se présenter seule à une expertise amiable. La présence d’un avocat, et surtout d’un médecin-conseil de victimes, rétablit un équilibre technique : face à un médecin mandaté par l’assureur, la victime dispose alors d’un interlocuteur capable de discuter, poste par poste, les observations retenues.
Camille\*, 39 ans, domiciliée à Salon-de-Provence, a été victime d’un accident de la circulation. Convoquée seule à une première expertise amiable, elle avait accepté sans discussion une date de consolidation qui ne tenait pas compte d’une intervention chirurgicale programmée quelques semaines plus tard. Assistée ensuite par notre cabinet et un médecin-conseil pour une seconde expertise, la date de consolidation a été reportée et plusieurs postes de préjudice — dont l’incidence professionnelle — ont pu être réexaminés avec des pièces complémentaires. Ce cas illustre une réalité que nous constatons régulièrement : ce n’est pas l’expertise en elle-même qui pose difficulté, mais l’absence de discussion contradictoire réelle au moment où elle se tient.
L’assistance d’un avocat ne se limite pas au jour du rendez-vous : elle commence en amont, par l’analyse de la mission confiée à l’expert et des pièces déjà versées par l’assureur, et se poursuit après l’examen, par la relecture critique du rapport avant qu’il ne serve de base à une offre d’indemnisation. Sur ce dernier point, notre article sur l’acceptation d’une offre d’indemnisation détaille les précautions à prendre avant toute signature.
Contester les conclusions du rapport d’expertise amiable
Un rapport d’expertise amiable n’a rien d’intangible. Il peut être discuté, complété, voire écarté si la victime démontre qu’il repose sur une évaluation insuffisante ou erronée. Plusieurs voies existent pour contester des conclusions :
D’abord, l’échange écrit avec l’expert lui-même, par un dire motivé, appuyé sur des pièces médicales nouvelles ou une contre-analyse. C’est l’étape la moins coûteuse et souvent la plus efficace lorsque le désaccord porte sur un point technique précis.
Ensuite, la sollicitation d’une contre-expertise, réalisée par un médecin-conseil choisi par la victime, dont les conclusions viendront appuyer une demande de réexamen auprès de l’assureur ou, à défaut d’accord, devant le juge.
Enfin, la saisine du juge des référés sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile pour obtenir une expertise judiciaire, laquelle se déroule sous le contrôle d’un juge, dans le respect du principe du contradictoire posé par les articles 16 et 11 du code de procédure civile, et dont les opérations sont encadrées par les dispositions relatives aux mesures d’instruction confiées à un technicien, dont l’article 263. L’expertise judiciaire présente l’avantage d’un cadre procédural strict, mais elle allonge les délais et suppose, le plus souvent, une procédure devant le tribunal judiciaire.
Expertise amiable selon la nature du sinistre : auto, habitation, médical, travail
Le cadre juridique applicable à l’expertise amiable varie selon l’origine du dommage.
En matière d’accident de la circulation, la victime bénéficie de la procédure d’offre encadrée par le code des assurances déjà évoquée. En matière d’assurance habitation, l’expertise porte le plus souvent sur l’évaluation des biens sinistrés, dans un cadre plus contractuel que légal.
En matière d’accident médical, la situation est différente : lorsque le dommage résulte d’une faute d’un professionnel ou d’un établissement de santé, ou d’une infection nosocomiale, la victime peut invoquer l’article L. 1142-1 du Code de la santé publique (responsabilité pour faute et infections nosocomiales). Lorsque la faute ne peut être établie, ou lorsque le dommage relève d’un aléa thérapeutique grave, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) peut être saisi, avec là encore une expertise amiable organisée dans un cadre spécifique, différent de celui du code des assurances.
Hors ces régimes particuliers, la responsabilité de droit commun peut être recherchée sur le fondement de l’article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute), notamment lorsque le tiers responsable n’est assuré par aucun contrat spécifique couvrant le dommage.
Enfin, lorsque le dommage survient à l’occasion du travail, la victime peut, en présence d’un manquement caractérisé de l’employeur à son obligation de sécurité, invoquer la faute inexcusable prévue par l’article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale (faute inexcusable de l’employeur), procédure au cours de laquelle une expertise médicale est également organisée, cette fois devant la juridiction de sécurité sociale.
Dans chacun de ces cadres, la préparation reste la même dans son principe : réunir les pièces, connaître la mission de l’expert, ne pas se présenter seul lorsque l’enjeu du dossier le justifie.
De l’expertise amiable à l’expertise judiciaire
L’expertise amiable n’est pas toujours suffisante. Lorsque le désaccord persiste sur la nature ou l’étendue du préjudice, ou lorsque l’assureur refuse toute discussion sérieuse des conclusions de son expert, la victime conserve la possibilité de solliciter une expertise judiciaire. Celle-ci présente l’avantage d’un expert désigné par le juge, extérieur aux parties, dont la mission est fixée avec précision et dont les opérations se déroulent, en présence des avocats des deux parties, dans le strict respect du contradictoire.
Cette bascule vers la voie judiciaire n’est cependant pas systématique ni automatique : elle suppose une analyse préalable du rapport d’expertise amiable, des pièces disponibles et du rapport de force avec l’assureur. Dans les dossiers que nous traitons, cette décision se prend au cas par cas, en fonction de la gravité du désaccord et du coût prévisible d’une procédure supplémentaire.
Notre position
Nous considérons que l’expertise amiable ne doit jamais être acceptée telle quelle sans discussion préalable, y compris lorsque l’expert paraît courtois et le rendez-vous sans difficulté apparente. La raison est simple : l’expert amiable, quel que soit son sérieux personnel, est mandaté et rémunéré par l’assureur, dans un cadre proche de celui du mandat défini par l’article 1710 du code civil. Ce lien structurel, et non une quelconque partialité individuelle, justifie que la victime organise sa propre contradiction : pièces médicales complètes, récit écrit préalable, et assistance d’un avocat ou d’un médecin-conseil dès lors que le préjudice dépasse les atteintes les plus légères. Ce n’est pas remettre en cause le principe de l’expertise amiable, qui reste une voie plus rapide que la procédure judiciaire ; c’est simplement refuser d’y entrer en position de faiblesse.
Questions fréquentes
Comment se déroule une expertise amiable ?
L’expertise amiable se déroule en trois temps : la convocation par l’assureur, précisant la date et parfois la mission de l’expert ; l’examen lui-même, comprenant un entretien sur les circonstances et le retentissement du dommage puis un examen clinique appuyé sur les pièces médicales produites ; enfin la rédaction du rapport, qui fixe les postes de préjudice retenus et, souvent, la date de consolidation. La victime doit pouvoir s’exprimer et produire ses documents tout au long de ces trois temps : c’est le sens du caractère « contradictoire » de l’expertise.
Quel est le délai entre une expertise et l’indemnisation ?
Ce délai varie selon la complexité du dossier, la nature du sinistre et la réactivité de l’assureur. En matière d’accident de la circulation, la loi encadre les délais de l’offre d’indemnisation, mais le rapport d’expertise doit d’abord être finalisé, ce qui peut prendre plusieurs semaines après la consolidation. Un désaccord sur les conclusions, une demande de complément d’expertise ou une saisine judiciaire allongent ce délai. Nous constatons, dans les dossiers que nous suivons, qu’un dossier bien préparé en amont, avec des pièces complètes dès l’expertise, réduit sensiblement les échanges ultérieurs et donc le temps global jusqu’à l’indemnisation.
Qu’est-ce qu’un dédommagement à l’amiable ?
Un dédommagement à l’amiable est une indemnisation obtenue sans passer par un jugement, à la suite d’un accord entre la victime (ou l’assuré) et l’assureur, généralement sur la base des conclusions d’une expertise amiable. Il prend le plus souvent la forme d’une offre chiffrée, poste par poste, que la victime peut accepter, discuter ou refuser. Cette voie est plus rapide qu’une procédure judiciaire, mais elle suppose que l’évaluation initiale — celle de l’expertise — reflète correctement la réalité du préjudice, faute de quoi le dédommagement obtenu peut être inférieur à ce que permettrait une action devant le tribunal.
Quel est le coût d’une expertise amiable ?
L’expertise amiable organisée par l’assureur, dans le cadre d’une procédure d’offre d’indemnisation ou d’un sinistre garanti par un contrat, est en principe prise en charge par l’assureur lui-même : la victime n’a pas à en avancer le coût. Il en va différemment si la victime souhaite faire réaliser une contre-expertise ou se faire assister par un médecin-conseil de son choix : ces honoraires, variables selon la complexité du dossier, restent alors à sa charge, sauf lorsqu’ils sont couverts par une protection juridique. Sur le financement de l’accompagnement juridique, plusieurs solutions existent selon la situation : l’aide juridictionnelle, sous conditions de ressources et sur demande auprès du bureau d’aide juridictionnelle, la protection juridique attachée à certains contrats d’assurance ou cartes bancaires, ou encore les consultations gratuites proposées par les permanences du barreau, les maisons de justice et du droit et les points-justice. Au cabinet, la première consultation est fixée à 80 € TTC, quelle que soit la nature du dossier.
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Notre cabinet, la SELARL LEXVOX AVOCATS HUMBERT RAYBAUD & ASSOCIES, dont le siège est à Arles, dispose également de bureaux à Aix-en-Provence, Salon-de-Provence et Marignane. Me Patrice HUMBERT, avocat spécialiste en droit du dommage corporel et en responsabilité médicale, ces deux spécialisations étant reconnues par le Conseil National des Barreaux, traite personnellement les dossiers de victimes d’accidents et de responsabilité médicale, y compris ceux plaidés devant le tribunal judiciaire de Marseille. Pour comprendre les mécanismes voisins de l’indemnisation, vous pouvez également consulter nos articles sur les droits à indemnisation du conducteur fautif, sur la réduction de l’indemnisation en cas de faute de la victime, ou encore sur le cas particulier de l’infirmière libérale victime d’un accident de voiture en tournée. Nos honoraires reposent sur un honoraire de diligences, complété le cas échéant par un honoraire complémentaire de résultat, fixé par convention écrite préalable ; nous ne pratiquons jamais un honoraire exclusivement lié au résultat. Pour un premier échange sur votre dossier d’expertise amiable, vous pouvez nous contacter au 04 90 54 58 10 ou à contact@avocat-lexvox.com.
\*Situation composite reconstituée à partir de dossiers du cabinet, prénom modifié et détails changés.