La réponse en bref : un préjudice corporel indemnisable ne se résume jamais à un seul montant global : il se décompose en une vingtaine de postes de préjudice distincts, classés par la nomenclature Dintilhac en deux grandes catégories. Les préjudices patrimoniaux concernent les pertes financières (frais médicaux, perte de revenus). Les préjudices extrapatrimoniaux réparent tout ce qui n’est pas économique : souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, préjudice sexuel, préjudice moral. Chaque poste se chiffre séparément, sans double indemnisation d’un même dommage. Connaître cette classification, c’est s’assurer qu’aucun poste de préjudice n’est oublié dans l’offre de l’assureur.

Après un accident de la route, un accident médical ou tout autre dommage corporel, une question revient systématiquement : quels sont les types de préjudices indemnisables, et comment sont-ils classés ? En droit français, l’ensemble du préjudice subi par une victime se répartit en postes de préjudice précis, définis par la nomenclature Dintilhac — le référentiel utilisé par les juges, les experts et les compagnies d’assurance. Ce guide complet détaille chaque catégorie de préjudice indemnisable, la distinction entre victime directe et victimes indirectes, et le principe fondamental qui protège la réparation intégrale : l’interdiction de la double indemnisation. Nous l’illustrons à partir de la pratique du cabinet à Aix-en-Provence.

La nomenclature Dintilhac : la liste des postes de préjudice indemnisables

En droit civil français, la notion de préjudice désigne toute atteinte dont une victime peut demander la réparation dès lors qu’elle constitue un préjudice certain, direct et légitime. Le droit commun de la responsabilité civile pose le principe : quiconque cause à autrui un dommage par sa faute doit le réparer, et la victime doit prouver son préjudice pour en obtenir la réparation. Mais le droit à la réparation ne s’arrête pas à une somme unique : il se décline poste par poste. La nomenclature Dintilhac, du nom du magistrat qui l’a établie en 2005, structure aujourd’hui l’évaluation du dommage corporel en droit français. Sans avoir de valeur légale contraignante, elle s’est imposée dans la pratique judiciaire, chez les experts médicaux et auprès des assureurs comme la grille de lecture commune de tout préjudice corporel. Elle distingue deux grandes catégories de postes de préjudice, elles-mêmes subdivisées selon que le dommage est temporaire (avant consolidation) ou permanent (après consolidation) :

  • les préjudices patrimoniaux, c’est-à-dire les préjudices matériels ou économiques ;
  • les préjudices extrapatrimoniaux, c’est-à-dire tout ce qui touche à la personne sans valeur marchande directe.

Ce classement permet d’éviter deux écueils fréquents dans la pratique des dossiers d’indemnisation : oublier un poste de préjudice pourtant réel, ou au contraire indemniser deux fois le même dommage sous des intitulés différents.

Les préjudices patrimoniaux temporaires et permanents : différents postes de préjudice matériel

Préjudices patrimoniaux temporaires et permanents (nomenclature Dintilhac)
Poste de préjudice Période Ce qu’il répare
Dépenses de santé Temporaire et permanent Frais médicaux, hospitalisation, restant à charge
Frais divers Temporaire Frais de transport, d’assistance avant consolidation
Perte de gains professionnels actuels Temporaire Revenus perdus avant consolidation
Assistance par tierce personne Temporaire et permanent Aide humaine nécessaire au quotidien
Frais de logement et de véhicule adaptés Permanent Aménagements liés au handicap
Perte de gains professionnels futurs Permanent Revenus perdus après consolidation
Incidence professionnelle Permanent Dévalorisation sur le marché du travail, pénibilité accrue
Préjudice scolaire, universitaire ou de formation Permanent Retard ou impossibilité de poursuivre des études

Ces préjudices patrimoniaux se prouvent par des justificatifs précis : factures, bulletins de salaire, avis d’imposition, devis pour les frais de véhicule adapté. C’est la partie du dossier la plus documentée, mais aussi celle où les projections futures — les pertes de gains professionnels sur toute une carrière, coût de l’aide humaine sur toute une espérance de vie — sont le plus souvent sous-évaluées par l’assureur faute d’un chiffrage rigoureux. Les dépenses de santé actuelles et les dépenses de santé futures doivent, elles aussi, être justifiées poste par poste.

Les préjudices extra-patrimoniaux permanents et temporaires : souffrances endurées, préjudice esthétique, agrément

Préjudices extrapatrimoniaux temporaires et permanents (nomenclature Dintilhac)
Poste de préjudice Période Ce qu’il répare
Déficit fonctionnel temporaire Temporaire Gêne dans les actes de la vie courante avant consolidation
Souffrances endurées Temporaire Douleurs physiques et psychiques, cotées de 1 à 7
Préjudice esthétique temporaire Temporaire Altération de l’apparence avant consolidation
Déficit fonctionnel permanent Permanent Atteinte définitive aux fonctions physiques et psychiques (taux d’AIPP)
Préjudice esthétique permanent Permanent Altération définitive de l’apparence physique
Préjudice d’agrément Permanent Impossibilité de pratiquer des loisirs et activités antérieures
Préjudice sexuel Permanent Atteinte à la sphère sexuelle et à la vie affective
Préjudice d’établissement Permanent Impossibilité de fonder ou poursuivre un projet de vie familiale
Préjudices permanents exceptionnels Permanent Préjudices atypiques propres à certaines victimes

Le préjudice moral, souvent invoqué spontanément par les victimes, n’est pas un poste autonome dans la nomenclature Dintilhac : il est intégré dans les souffrances endurées ou dans le déficit fonctionnel permanent selon la période concernée. C’est un point technique déterminant, précisé par la Cour de cassation, qui veille à ce que chaque chef de préjudice distinct reste bien indemnisé une seule fois — quels que soient les préjudices peuvent être indemnisés dans un dossier, la liste des postes de préjudice ne doit être ni tronquée, ni dédoublée.

Ce que dit la Cour de cassation : pas de double indemnisation d’un même préjudice


Jurisprudence vérifiée

La deuxième chambre civile de la Cour de cassation pose un principe structurant de toute la nomenclature des préjudices indemnisables : le préjudice moral lié aux souffrances psychiques et aux troubles qui y sont associés étant déjà inclus dans le poste des souffrances endurées ou dans celui du déficit fonctionnel permanent, il ne peut être indemnisé séparément au titre d’un préjudice distinct. Chaque poste de préjudice a un périmètre précis, et deux postes ne peuvent réparer la même réalité.

Cour de cassation, 2e chambre civile, 16 septembre 2010, pourvoi n° 09-69.433 (publié au Bulletin) — consulter sur Légifrance.

Notre lecture de praticien. Ce principe se retourne parfois contre la victime mal conseillée : demander une indemnisation « préjudice moral » en plus des souffrances endurées expose à un rejet pur et simple de ce chef de demande, faute de fondement dans la nomenclature. À l’inverse, bien identifier chaque poste distinct — et ne jamais en oublier un par méconnaissance — reste le seul moyen d’obtenir une réparation intégrale. C’est tout l’enjeu d’un avocat qui maîtrise la nomenclature Dintilhac poste par poste.

Victime directe et victimes indirectes : indemnisation préjudice, qui peut être indemnisé ?

La nomenclature distingue également les préjudices selon la personne qui les subit. La victime directe est celle qui a subi l’atteinte corporelle elle-même : c’est elle qui bénéficie de l’ensemble des postes patrimoniaux et extrapatrimoniaux détaillés ci-dessus. Les victimes indirectes — le plus souvent les proches d’une victime décédée ou gravement handicapée — disposent de postes de préjudice propres : préjudice d’affection, préjudice professionnel et préjudice économique lié à la perte de revenus du foyer, ou troubles dans les conditions d’existence liés à l’accompagnement d’un proche en situation de handicap. Les préjudices liés à des pathologies évolutives (préjudice morphologique, aggravation) suivent la même logique et peuvent faire l’objet d’une demande de réparation des préjudices distincte.

L’expertise médicale : l’étape qui détermine chaque poste de préjudice

Aucun poste de préjudice ne se chiffre sans expertise médicale. C’est l’expert — mandaté par l’assureur en amiable, ou désigné par le juge en judiciaire — qui décrit précisément les lésions, fixe la date de consolidation, et évalue chaque atteinte : taux de déficit fonctionnel permanent, cotation des souffrances endurées de 1 à 7, quantum du préjudice esthétique, besoin en heures de tierce personne. Ce rapport d’expertise sert ensuite de base à l’évaluation financière de chaque poste.

C’est pourquoi la préparation de l’expertise pèse autant que le chiffrage final. Une victime qui se présente seule face à l’expert de l’assureur, sans avoir documenté ses difficultés quotidiennes ni ses activités antérieures (pour le préjudice d’agrément), ni ses projets professionnels interrompus (pour l’incidence professionnelle), voit systématiquement ces postes sous-évalués. Un médecin-conseil de victime, présent aux côtés de l’expert, rééquilibre cette discussion technique et permet de faire valoir chaque élément du dossier médical, y compris les répercussions les moins visibles, comme les troubles cognitifs ou l’impact psychologique durable de l’accident, trop souvent minimisés faute d’être objectivés lors de l’examen.

Du taux d’AIPP au montant en euros : comment se calcule l’indemnisation de chaque poste

Une fois les postes identifiés par l’expertise, leur traduction en euros suit des méthodes différentes selon la nature du préjudice :

  • les postes patrimoniaux (dépenses de santé, perte de gains) se chiffrent sur justificatifs et projections de carrière, parfois avec l’aide d’un expert-comptable pour les indépendants ;
  • le déficit fonctionnel permanent se calcule en multipliant le taux d’AIPP retenu par l’expert par une valeur du point, elle-même fonction de l’âge de la victime à la consolidation — plus la victime est jeune, plus la valeur du point est élevée, car le préjudice s’étend sur davantage d’années ;
  • les souffrances endurées et le préjudice esthétique s’évaluent sur une cotation de 1 à 7, convertie en fourchette indicative selon les usages des cours d’appel ;
  • la tierce personne future et les pertes de gains futures se capitalisent à l’aide de barèmes de capitalisation publiés (Gazette du Palais), qui projettent le coût annuel sur l’espérance de vie de la victime.

Ces barèmes ne sont qu’indicatifs, et plusieurs versions coexistent selon le taux d’intérêt retenu : les juges du fond conservent un pouvoir souverain d’appréciation, dans le respect du principe de réparation intégrale du préjudice, sans perte ni profit pour la victime. C’est précisément ce pouvoir d’appréciation qui rend la négociation — ou la plaidoirie devant le tribunal — décisive pour le montant final obtenu.

Réparation du préjudice corporel : comment ces postes s’appliquent à votre dossier d’indemnisation dommage corporel

Face à un accident de la route, un accident de la vie courante ou une erreur médicale, la méthode reste la même : passer en revue systématiquement chaque poste patrimonial puis extrapatrimonial, temporaire puis permanent, et vérifier qu’aucun n’a été oublié dans l’offre de l’assureur. Cette approche vaut aussi bien pour un préjudice modéré que pour un grand handicap, où l’enjeu financier de chaque poste se démultiplie. La procédure amiable d’indemnisation repose entièrement sur ce chiffrage poste par poste, avant toute transaction.

Un poste oublié à la signature de la transaction n’est en principe plus contestable ensuite, sauf en cas d’aggravation postérieure de l’état de la victime — un mécanisme distinct qui rouvre le droit à indemnisation pour le seul préjudice nouveau, sans remettre en cause l’accord initial sur les postes déjà réglés. D’où l’intérêt de ne signer aucune transaction avant d’avoir vérifié, poste par poste, que la liste complète de la nomenclature a bien été parcourue.

La classification des préjudices indemnisables (nomenclature Dintilhac)
Préjudice corporel indemnisable Préjudices patrimoniaux Dépenses de santé Perte de gains professionnels Assistance tierce personne Incidence professionnelle Temporaires (avant consolidation) et permanents (après consolidation) Préjudices extrapatrimoniaux Souffrances endurées Déficit fonctionnel permanent Préjudice esthétique Préjudice d’agrément, sexuel Temporaires (avant consolidation) et permanents (après consolidation)

Source : nomenclature Dintilhac (2005), Cass. 2e civ., 16 septembre 2010, n° 09-69.433. Schéma LEXVOX AVOCATS.

Vous voulez vérifier qu’aucun poste de préjudice n’a été oublié dans votre dossier, à Aix-en-Provence ou en région PACA ? Le cabinet LEXVOX AVOCATS chiffre chaque type de préjudice indemnisable, poste par poste, pour une réparation intégrale de votre dommage corporel. Demandez votre étude de dossier gratuite.

Synthèse : la classification des préjudices, garantie d’une indemnisation complète

Connaître les types de préjudices indemnisables n’est pas un exercice académique : c’est la condition d’une réparation intégrale. La nomenclature Dintilhac organise le dommage corporel en préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux, temporaires et permanents, avec un principe cardinal — chaque poste répare une réalité distincte, sans double indemnisation ni oubli. Face à une offre d’assurance, la bonne méthode consiste toujours à reprendre cette grille poste par poste, en s’assurant que la victime directe comme, le cas échéant, les victimes indirectes obtiennent la réparation de l’ensemble de leur préjudice.

Ce travail de vérification, poste par poste, demande une double compétence : une lecture rigoureuse du rapport d’expertise médicale, et une connaissance à jour des barèmes et de la jurisprudence des cours d’appel, qui évoluent régulièrement. C’est cette combinaison qui explique pourquoi une victime accompagnée d’un avocat spécialisé obtient, en moyenne, une indemnisation sensiblement supérieure à celle négociée seule face à l’assureur — l’écart se concentre presque toujours sur les postes futurs les plus techniques : tierce personne, incidence professionnelle, préjudice d’agrément.

FAQ — types de préjudices indemnisables

Qu’est-ce que la nomenclature Dintilhac ?

C’est le référentiel de classification des préjudices corporels utilisé en pratique par les juges, les experts médicaux et les assureurs en France. Sans valeur légale contraignante, elle organise le dommage corporel en une vingtaine de postes de préjudice, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, temporaires et permanents.

Quelle différence entre préjudice patrimonial et extrapatrimonial ?

Le préjudice patrimonial correspond à une perte économique chiffrable : frais médicaux, perte de revenus. Le préjudice extrapatrimonial répare ce qui n’a pas de valeur marchande directe : souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, préjudice sexuel.

Le préjudice moral est-il un poste de préjudice à part ?

Non. Le préjudice moral lié aux souffrances psychiques est intégré dans le poste des souffrances endurées ou dans celui du déficit fonctionnel permanent, selon la période. Il ne peut être réclamé séparément (Cass. 2e civ., 16 septembre 2010, n° 09-69.433).

Qui peut être indemnisé en tant que victime indirecte ?

Les proches d’une victime décédée ou gravement handicapée peuvent obtenir réparation de leur préjudice d’affection, de leur préjudice économique lié à la perte de revenus du foyer, ou des troubles dans leurs conditions d’existence liés à l’accompagnement d’un proche handicapé.

Comment savoir si tous les postes de préjudice sont couverts dans l’offre de l’assureur ?

En reprenant systématiquement la grille de la nomenclature Dintilhac, poste par poste, patrimonial et extrapatrimonial, temporaire et permanent. C’est le rôle d’un avocat spécialisé en dommage corporel de vérifier qu’aucun poste réellement subi n’a été omis ou sous-évalué.

Le déficit fonctionnel permanent et le préjudice d’agrément sont-ils la même chose ?

Non. Le déficit fonctionnel permanent (AIPP) répare l’atteinte définitive aux fonctions physiques et psychiques de la victime dans sa globalité. Le préjudice d’agrément répare spécifiquement l’impossibilité de pratiquer des activités de loisir ou de sport exercées avant l’accident : ce sont deux postes distincts et cumulables.

Comment sont calculés les préjudices futurs comme la tierce personne ou la perte de gains ?

Ces postes se capitalisent à l’aide de barèmes de capitalisation publiés (Gazette du Palais), qui projettent le coût annuel sur l’espérance de vie de la victime selon son âge à la consolidation. Ces barèmes restent indicatifs : les juges du fond conservent un pouvoir souverain d’appréciation pour assurer une réparation intégrale, sans perte ni profit pour la victime.

Me Patrice Humbert — LEXVOX AVOCATS
Avocat en dommage corporel, Me Patrice Humbert accompagne les victimes d’accident en région PACA, notamment à Aix-en-Provence, dans le chiffrage complet de leur préjudice selon la nomenclature Dintilhac, jusqu’à l’obtention d’une indemnisation intégrale.