L’indemnisation de l’ITT ne repose sur aucun barème automatique : elle dépend de la durée retenue par le certificat médical initial, du taux de déficit fonctionnel temporaire (DFT) évalué lors de l’expertise médicale, et de la gêne réellement subie par la victime dans les actes de la vie courante. Il faut aussi distinguer l’ITT pénale, qui qualifie une infraction, du DFT civil, qui indemnise un préjudice selon la nomenclature Dintilhac. Cet article explique la méthode retenue par les juridictions et les pièces à réunir pour construire un dossier d’indemnisation solide.
Sommaire
Qu’est-ce que l’ITT et comment se calcule-t-elle
L’incapacité temporaire totale, ou ITT, désigne à l’origine une notion pénale : elle mesure la période pendant laquelle la victime d’une infraction — coups et blessures, agression, accident de la route — se trouve dans l’incapacité de mener normalement ses activités habituelles, professionnelles ou non. C’est le médecin qui rédige le certificat médical initial qui fixe cette durée en jours, à partir de son examen clinique.
Cette durée n’est pas une donnée strictement médicale au sens biologique : elle sert avant tout à qualifier la gravité de l’infraction au regard du code pénal. C’est ainsi que l’article 222-11 du code pénal réprime les violences ayant entraîné une ITT supérieure à huit jours, tandis que l’article 222-13 du code pénal vise des circonstances aggravantes assorties d’une ITT. Le calcul de l’ITT, dans ce cadre, est donc avant tout une évaluation médico-légale de durée, exprimée en jours, qui conditionne la qualification pénale des faits et, indirectement, la sévérité de la réponse judiciaire.
Mais cette même durée d’ITT ne suffit pas à calculer l’indemnisation civile du préjudice subi par la victime. C’est là que la confusion la plus fréquente s’installe.
ITT pénale et déficit fonctionnel temporaire : deux notions à ne pas confondre
Le déficit fonctionnel temporaire (DFT), tel que défini par la nomenclature Dintilhac, est la notion civile qui sert réellement au calcul de l’indemnisation du préjudice corporel. Il correspond à la période allant de l’accident jusqu’à la consolidation, pendant laquelle la victime subit une gêne dans les actes de la vie courante, une perte de qualité de vie, ou l’impossibilité de se livrer à ses activités personnelles habituelles, indépendamment de la question de l’activité professionnelle.
Le DFT est évalué non pas en jours d’ITT, mais en pourcentage ou en classe de gêne : DFT total (100 %) lorsque la victime est hospitalisée ou totalement immobilisée, DFT partiel (25 %, 50 %, 75 % selon les périodes) lorsque la gêne diminue progressivement jusqu’à la consolidation.
En pratique, dans les dossiers que nous traitons, la durée d’ITT retenue par le médecin qui a établi le certificat médical initial dans le cadre pénal n’est jamais reprise telle quelle par l’expert médical judiciaire pour fixer le DFT. Ce sont deux évaluations distinctes, réalisées à des moments différents, par des médecins différents, pour des finalités différentes. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente que nous rencontrons chez les victimes qui tentent d’estimer seules leur indemnisation.
Les pièces médicales et administratives à réunir
Le calcul de l’indemnisation, qu’il s’agisse de l’ITT pénale ou du DFT civil, repose sur un dossier de pièces réunies méthodiquement. Nous recommandons systématiquement de conserver :
Sans ces pièces, l’évaluation du préjudice reste approximative : ni l’assureur, ni l’expert, ni le juge ne peuvent objectiver la durée réelle du DFT ni son taux sans un dossier médical continu, de l’accident jusqu’à la consolidation.
Le rôle de l’expertise médicale dans l’évaluation du préjudice
L’expertise médicale est l’étape charnière du calcul de l’indemnisation. Le médecin expert, désigné par l’assureur, par le juge ou d’un commun accord entre les parties, examine la victime, analyse l’ensemble du dossier médical et fixe :
La victime a le droit de se faire assister par son propre médecin-conseil lors de cette expertise médicale, et par son avocat. Nous constatons régulièrement, dans les dossiers que nous suivons, que les victimes non assistées acceptent des conclusions d’expertise défavorables faute d’avoir pu faire valoir des éléments médicaux pourtant présents dans leur dossier. Un accompagnement en amont de l’expertise, avec préparation d’un dire médical argumenté, change souvent l’issue de cette étape.
Méthode de calcul : de la classe de gêne au montant alloué
Une fois le taux de DFT ou de DFP fixé par l’expert, le calcul de l’indemnisation se fait généralement par référence aux montants alloués par les juridictions dans des dossiers comparables — il n’existe pas de barème légal contraignant, mais des pratiques observées. Les données ci-dessous, issues de la base Themia (jurimétrie du dommage corporel, 16 073 décisions publiques, relevé du 12 août 2026), donnent un ordre de grandeur des montants alloués au titre du déficit fonctionnel permanent selon le taux retenu.
| Taux de DFP retenu | Médiane allouée | Intervalle P25 – P75 | Nombre de décisions |
|—|—|—|—|
| 2 % | 3 540 € | 2 800 € – 3 920 € | 918 |
| 3 % | 4 740 € | 4 200 € – 5 400 € | 755 |
| 5 % | 7 900 € | 6 050 € – 8 850 € | 725 |
| 7 % | 12 600 € | 9 940 € – 14 245 € | 265 |
| 10 % | 15 600 € | 13 000 € – 20 000 € | 589 |
| 15 % | 25 950 € | 20 914 € – 32 650 € | 403 |
| 20 % | 37 800 € | 30 000 € – 49 225 € | 310 |
| 30 % | 55 000 € | 43 650 € – 80 550 € | 184 |
Ces données décrivent des pratiques juridictionnelles observées. Elles n’ont aucune valeur normative et ne préjugent d’aucun dossier individuel : chaque affaire dépend de l’âge de la victime, de la nature des séquelles, de la juridiction saisie et des circonstances propres au dossier. Pour le déficit fonctionnel temporaire, aucun montant fixe n’est communiqué ici en l’absence de données Themia équivalentes par taux de DFT : le montant dépend, pour ce poste, de l’expertise médicale et de la durée exacte de chaque période retenue.
Exemple de calcul chiffré
Exemple de calcul, à visée purement pédagogique : une victime d’un accident de la route subit une hospitalisation de quinze jours (DFT total, 100 %), suivie d’une période de trois mois de DFT partiel à 50 % puis de deux mois de DFT partiel à 25 % avant consolidation. L’indemnisation de chaque période se calcule en appliquant le taux de DFT retenu à une base journalière déterminée au regard des usages du ressort et des éléments du dossier, cette base variant sensiblement d’une juridiction à l’autre et d’un dossier à l’autre. Une fois la consolidation acquise, si l’expert retient par exemple un DFP de 5 %, les données Themia ci-dessus permettent de resituer la demande d’indemnisation dans une fourchette observée, sans jamais garantir le montant qui sera effectivement alloué dans le dossier de la victime.
Camille\*, 39 ans, domiciliée à Salon-de-Provence. Victime d’un accident de la route, elle avait initialement communiqué à son assureur le seul certificat médical initial mentionnant une ITT de vingt et un jours, pensant que ce chiffre suffirait à fonder sa demande d’indemnisation. L’expertise médicale a finalement retenu, après examen du dossier complet, une période de DFT s’étendant sur plusieurs mois avec des taux différenciés, ainsi qu’un DFP en lien avec des séquelles persistantes. La différence entre la durée d’ITT initiale et la réalité du DFT évalué par l’expert a nécessité un dire médical circonstancié avant la fixation définitive des taux.
Accident de la route, agression, accident du travail : des régimes juridiques différents
Le fondement juridique de l’indemnisation varie selon l’origine du dommage corporel :
Le délai de prescription de droit commun de l’action en réparation d’un dommage corporel est fixé par l’article 2226 du code civil, ce qui rend d’autant plus utile de réunir les pièces médicales sans attendre.
Selon les circonstances, la victime peut aussi avoir une part de responsabilité qui vient réduire son droit à indemnisation : ce point est développé dans notre article consacré à la faute de la victime et à son incidence sur l’indemnisation.
Comment obtenir l’indemnisation : démarches et procédure
Concrètement, l’obtention de l’indemnisation suit plusieurs étapes : déclaration à l’assureur responsable ou saisine de l’organisme compétent, transmission du dossier médical, expertise médicale contradictoire, puis chiffrage poste par poste selon la nomenclature Dintilhac (DFT, DFP, souffrances endurées, préjudice professionnel, etc.). L’assureur adresse ensuite une offre d’indemnisation, que la victime n’est jamais tenue d’accepter en l’état : elle peut la négocier ou la contester devant le tribunal judiciaire. Notre article sur l’acceptation d’une offre d’indemnisation d’assurance détaille les points de vigilance avant toute signature.
Certaines victimes se demandent comment financer un accompagnement juridique. Plusieurs solutions existent : l’aide juridictionnelle, sous conditions de ressources, sur demande auprès du bureau d’aide juridictionnelle ; la garantie protection juridique d’un contrat d’assurance habitation, auto ou d’une carte bancaire ; les consultations gratuites assurées par les permanences du barreau, les maisons de justice et du droit et les points-justice. Au sein de notre cabinet, la première consultation est gratuite et sans engagement.
Concernant les honoraires du dossier lui-même, la loi du 31 décembre 1971 interdit tout honoraire exclusivement conditionné au résultat, connu sous le nom de pacte de quota litis. Ce qui est licite, et que nous pratiquons, est l’honoraire de diligences complété, le cas échéant, par un honoraire complémentaire de résultat, fixé par une convention d’honoraires écrite conclue en amont avec le client.
Erreurs fréquentes à éviter
Dans les dossiers que nous traitons au bureau d’Arles comme dans ceux suivis depuis nos bureaux d’Aix-en-Provence, de Salon-de-Provence et de Marignane, les erreurs les plus fréquentes sont les suivantes :
Pour les victimes d’un accident de la route impliquant un tiers, notre article sur les droits à indemnisation du conducteur fautif et notre analyse destinée aux infirmières libérales victimes d’un accident de voiture en tournée apportent des éclairages complémentaires selon les situations professionnelles concernées.
Notre position
Nous considérons que la durée d’ITT fixée par le certificat médical initial ne doit jamais être utilisée, telle quelle, comme base de calcul de l’indemnisation civile du préjudice corporel. Cette durée répond à une logique pénale de qualification de l’infraction, distincte de la logique du déficit fonctionnel temporaire retenu par la nomenclature Dintilhac, qui seule permet de chiffrer le préjudice réellement subi jusqu’à la consolidation. Fonder une demande d’indemnisation sur la seule durée d’ITT expose la victime à une sous-évaluation de son préjudice, faute d’avoir objectivé, période par période, l’évolution réelle de sa gêne fonctionnelle. C’est pourquoi nous insistons systématiquement, dans les dossiers que nous suivons, sur la nécessité d’un dire médical circonstancié avant toute expertise, seul moyen de faire reconnaître un taux de DFT conforme à la réalité clinique du dossier.
Pour toute question sur le mode d’intervention d’un avocat en dommage corporel par rapport à un avocat généraliste, nous détaillons les différences dans notre article dédié aux avocats en indemnisation des victimes.
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\*Situation composite reconstituée à partir de dossiers du cabinet, prénom modifié et détails changés.